Ce samedi-là, la désillusion fut totale. Des supporters d'Oviedo, venus des Asturies, et d'autres de toute la région de Madrid, ont fait le déplacement pour rien. Contre toute logique, la rencontre de Liga entre le Rayo Vallecano et le Real Oviedo a été reportée in extremis, créant un précédent et un profond sentiment d'injustice.
Un report qui scandalise et un propriétaire pointé du doigt
Si les intempéries ont frappé Madrid, le reste des matches du championnat a pu se tenir. L'absence de communication en amont, bafouant les protocoles habituels pour éviter des déplacements inutiles aux visiteurs, a jeté une lumière crue sur les dysfonctionnements internes. La responsabilité de cette décision tardive repose entièrement sur les épaules de Raúl Martín Presa, le propriétaire controversé du club. Un homme dont la gestion est perçue comme une menace existentielle pour l'institution.
Vallecas, l'âme d'un club unique menacée
Le Rayo Vallecano est bien plus qu'un simple club de football. C'est l'un des derniers bastions du football de quartier, authentique et ancré dans sa communauté, en Espagne et même au monde. Son identité se forge dans les rues de Vallecas, un ancien village absorbé par Madrid, terre d'accueil historique pour les ouvriers et les immigrés, devenu un creuset de diversité et de créativité culturelle.
Son stade, le Campo de Fútbol de Vallecas, en est le temple. Un lieu chargé d'histoire, où le gardien nigérian Wilfried Agbonavbare, victime de racisme ailleurs, fut érigé en héros local. Pourtant, ce stade est aujourd'hui le symbole du délaissement. Les installations, comparées à un parc d'attractions pour amateurs de films d'horreur, sont vétustes et dangereuses, pour les joueurs comme pour les supporters.
Une stratégie de démantèlement assumée
L'arrivée de techniciens talentueux comme Andoni Iraola puis Iñigo Pérez a permis au Rayo de briller sportivement, jusqu'à se qualifier pour la Conference League. Mais en coulisses, la structure du club est sciemment asphyxiée : centre de formation à l'abandon, équipe féminine sacrifiée, infrastructures indignes d'un club européen.
La stratégie de Presa, qui a racheté le club pour un euro en assumant ses dettes, semble transparente. Son projet de déménager le stade en périphérie, sur des terrains appartenant à la région, vise à libérer le terrain actuel, potentiellement lucratif, et à couper le club de son fief historique et de ses supporters critiques. Ce serait la mort de l'identité du Rayo.
Un affront idéologique et un avenir sombre
Les provocations du président, comme la tentative de recruter un attaquant ukrainien d'extrême-droite ou l'invitation de responsables du parti Vox dans la tribune présidentielle, sont perçues comme des attaques frontales contre les valeurs de gauche historiquement associées au club.
Le report du match contre Oviedo, décidé par Presa après le refus des joueurs d'évoluer sur un terrain gorgé d'eau et dangereux, est un nouvel épisode de cette gestion chaotique. Malgré les protections dont il pourrait bénéficier, notamment via ses liens avec le président de la Liga Javier Tebas, son ancien avocat, l'image du Rayo est durablement entachée.
Le club, désormais plongé dans une bataille pour le maintien, sait que son salut ne viendra pas éternellement du banc de touche. Sous la direction de Presa, beaucoup redoutent le pire. Les événements de ce samedi pourraient n'être que le premier pas d'une descente aux enfers que certains attendent avec un sourire, tandis que d'autres, à Vallecas, ferment les yeux d'angoisse.
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