Le navire Ligue 1+ prend l'eau de toutes parts. Après les déclarations pessimistes de son président Vincent Labrune, qui a évoqué la fin de tout élan collectif, et le départ définitif de Nicolas de Tavernost, le projet de plateforme de la Ligue de Football Professionnel semble au bord du naufrage. Pour expliquer cette débâcle, l'instance dirigeante brandit un argument choc : l'échec dans l'acquisition des droits télévisés de la Coupe du Monde 2026, remportés par beIN Sports.
Un alibi économique contesté par les experts
Selon la LFP, ne pas pouvoir diffuser la compétition planétaire aurait porté un coup fatal au modèle économique de sa chaîne. Une version des faits qui ne convainc pas les analystes du secteur. L'économiste du sport Pierre Rondeau a notamment contesté cette analyse sur les réseaux sociaux, la qualifiant de diversion. Pour lui, faire reposer la survie d'une chaîne dédiée à un championnat national sur l'acquisition d'un événement international relève d'une erreur de jugement, voire d'une tromperie.
L'expert rappelle la réalité du marché : les diffuseurs de Coupe du Monde enregistrent des pics d'abonnements temporaires, qui retombent aussitôt le tournoi terminé. Un investissement de plusieurs dizaines de millions d'euros pour des droits non renouvelables ne pourrait donc être amorti. La question centrale reste : un téléspectateur venu pour un Mondial resterait-il fidèle pour suivre des rencontres de championnat domestique en hiver ? La réponse, évidente, est négative.
Le vrai fléau : le piratage massif
Pour Pierre Rondeau, le problème fondamental est ailleurs. Le cœur de l'offre de Ligue 1+, c'est la Ligue 1 elle-même. Le véritable cancer qui ronge les revenus du football français est l'IPTV et le streaming illégal, qui siphonnent les ressources des clubs chaque week-end. L'économiste pointe du doigt l'inaction de la LFP face à ce phénomène de grande ampleur, les moyens de lutte étant jugés insignifiants au regard des pertes financières colossales.
En utilisant l'échec aux enchères de la FIFA comme bouc émissaire, la Ligue tenterait ainsi de masquer ses propres failles stratégiques et son incapacité à sécuriser la valeur de son produit principal. Cette posture victimaire retarderait une nécessaire remise en question. Alors que le spectacle médiatique se poursuit, les clubs, en première ligne, voient leurs finances se dégrader, confrontés à un avenir de plus en plus incertain.
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