Le pactole est historique : 6,7 milliards de livres sterling. C'est le montant du contrat de droits télévisés de la Premier League pour la période 2025-2029. Une manne financière qui irrigue l'ensemble des vingt clubs de l'élite anglaise, soulevant une question centrale : cet afflux d'argent a-t-il réellement resserré les écarts et rendu la compétition plus imprévisible ? L'analyse des dépenses de l'été 2025 apporte des premiers éléments de réponse.
Des investissements contrastés dans le ventre mou
Contrairement à une idée reçue, les clubs de milieu de tableau n'ont pas systématiquement profité de cette rente pour défier les géants sur le marché des transferts. Les approches ont été très variées. Fulham a ainsi procédé avec une relative modestie, engageant 44,5 millions d'euros, dont 40 millions pour l'attaquant ukrainien Kevin, en provenance du Shakhtar Donetsk.
Vainqueur de la FA Cup, Crystal Palace, douzième la saison dernière, a investi un peu plus (55,3 millions d'euros), misant notamment sur l'ailier espagnol Yeremy Pino. La palme de l'ambition revient à Bournemouth, qui a engagé pas moins de 138,1 millions d'euros. Le défenseur français Bafodé Diakité (35M€) a été leur recrue la plus chère, mais le symbole réside dans l'achat à 15 millions d'euros du jeune arrière-centre serbe Veljko Milosavljevic. Un montant qui, il y a seulement six ans, était déboursé par Manchester United pour Dan James ou par Newcastle pour Allan Saint-Maximin, illustrant l'inflation vertigineuse du championnat.
Les géants maintiennent leur puissance de feu
Face à cela, les membres traditionnels du « Big Six » n'ont pas lésiné. Liverpool a été le plus dépensier de l'été avec un investissement colossal de 482,9 millions d'euros, recrutant des stars établies comme Alexander Isak (145M€), Florian Wirtz (125M€) et Hugo Ekitike (95M€). Leur achat de Milos Kerkez à Bournemouth (46,9M€) a d'ailleurs atténué la dépense nette des Cherries.
Dans son style habituel, Chelsea a mené un mercato très actif, avec des entrées à 339,15 millions et des sorties à 332,25 millions, faisant encore une fois appel au vivier de Brighton pour recruter Joao Pedro (63,7M€). Arsenal, vice-champion, a également renforcé son squad de manière significative avec Martin Zubimendi, Eberechi Eze, Viktor Gyokeres et Noni Madueke, entre autres.
Des stratégies plus sobres ont aussi été observées. Aston Villa, sixième, a même dégagé un bénéfice de 24,65 millions après la vente de Jacob Ramsey, se contentant du recrutement d'Evan Guessand. Manchester United, après une saison catastrophique (15e), a tenté de se racheter avec une mise de 250,7 millions d'euros sur Benjamin Sesko, Bryan Mbuemo et Matheus Cunha, sans pour autant sauver la place de l'entraîneur Ruben Amorim.
Sur le terrain, l'argent ne fait pas tout
La saison en cours démontre que la corrélation entre dépenses et résultats reste ténue. Bournemouth, après un bon départ, a dégringolé et lutte désormais contre la relégation. À l'inverse, Arsenal semble tirer un meilleur parti de ses investissements, avec des joueurs comme Zubimendi qui renforcent immédiatement le collectif.
Malgré le changement d'entraîneur, Manchester United montre des signes de renaissance et pourrait viser une qualification en Ligue des champions. Si l'idée de voir Fulham ou Bournemouth affronter le Real Madrid reste un doux rêve, la capacité d'un grand club à se relever rapidement après un échec cuisant démontre que l'argent de la télé offre surtout une incroyable sécurité financière et une capacité de rebond. La compétitivité s'en trouve modifiée, mais les hiérarchies établies résistent.
Une révolution télévisuelle en marche
Cet argent provient d'un paysage audiovisuel en pleine mutation. Au Royaume-Uni, le « black-out » des matches à 15h le samedi, une spécificité britannique, est sur la table des négociations entre la Premier League et l'EFL, avec une éventuelle suppression à l'horizon 2029. En attendant, les diffuseurs Sky Sports et TNT Sports proposent en moyenne sept rencontres par week-end.
À l'étranger, les fans peuvent déjà tout voir, notamment aux États-Unis sur NBC. La grande inconnue concerne l'arrivée potentielle de nouveaux acteurs. Les rumeurs d'un rachat de Warner Bros. Discovery par Netflix pourraient, à terme, amener la Premier League sur la plateforme de streaming, redessinant une nouvelle fois l'économie et l'audience du championnat le plus riche du monde.
Laisser un commentaire