L'histoire de Séville FC est profondément marquée par l'influence brésilienne. Si les premiers joueurs en provenance du Brésil, comme Canário en 1962, sont arrivés via d'autres clubs ibériques, Carlos Alberto Pintinho, lui, a directement traversé l'Atlantique. Né en 1954, il grandit dans le quartier populaire de Morro do Borel à Rio de Janeiro, mais bénéficie d'une situation familiale stable grâce à son grand-père, employé dans une usine de cigarettes. Cette stabilité lui permet de fréquenter une école privée.
Les débuts prometteurs au Fluminense
Comme beaucoup d'enfants de Rio, sa passion du football naît dans les matchs de rue, les « peladas », avant de s'épanouir en futsal. Repéré, il intègre brièvement l'académie de l'América FC, mais doit chercher un nouveau club après sa fermeture. C'est à 12 ans qu'il rejoint le centre de formation du Fluminense, un tournant décisif. Pour concilier études et football, il quitte le domicile familial pour s'installer dans le quartier huppé d'Urca, où le club lui offre le gîte et le couvert. Ce sacrifice porte ses fruits : il fait ses débuts en professionnel à 17 ans en 1972.
Une carrière en deux actes
Avec Fluminense, Pintinho s'impose comme un milieu récupérateur redoutable, alliant une carrure physique imposante à un jeu de passes précis. Il devient un pilier de l'équipe, remportant notamment le championnat de Rio (Campeonato Carioca) en 1973 et 1975. En sélection brésilienne, son parcours est plus contrasté, avec seulement trois capes, la dernière lors de la Copa América 1979. Après 381 matches et neuf titres avec Flu, il tente une brève expérience à Vasco da Gama avant de prendre une décision qui changera sa vie : partir pour Séville en 1980.
Séville, l'adoption définitive
En Andalousie, l'ex-milieu défensif se métamorphose en meneur de jeu offensif, inscrivant 25 buts en 102 rencontres sous le maillot sévillan jusqu'en 1984. Après un passage à Cadiz et un dernier chapitre au Farense (Portugal), il raccroche les crampons à 32 ans, fatigué mais sans avoir jamais connu la blessure. Dès son arrivée à Séville, il sait qu'il y finira sa vie. Près d'un demi-siècle plus tard, il y réside toujours.
Une reconversion au service des jeunes
Sa retraite sportive en 1987 ouvre un nouveau chapitre. Inspiré par l'exemple de Carlos Alberto Torres, capitaine du Brésil en 1970, il fonde sa propre école de football à Séville, une des premières du genre dans la région. Cette aventure, qu'il qualifie de merveilleuse, lui permet de former des générations de jeunes. Il gère également un magasin de sport avant de prendre sa retraite professionnelle en 2020.
Une vie entre deux cultures
Aujourd'hui, bien que gêné par une opération de la hanche, il reste un passionné de football, suivant assidûment la Liga et le Brasileirão. Ses deux fils sont d'ailleurs liés au monde du ballon rond : l'un est journaliste sportif à Séville, l'autre est agent FIFA. Marié à une Espagnole dont le frère a joué au Real Betis, il vit pleinement sa double culture. Alors que le Brésil et l'Espagne pourraient s'affronter en Coupe du Monde, son cœur balance, mais pencherait tout de même pour sa terre natale. Une chose est sûre : Séville est devenue, et restera, sa maison.
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