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La Liga face au défi de la suprématie financière anglaise

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La dernière journée de la phase de groupes de la Ligue des Champions a tenu toutes ses promesses en matière de suspense. Le nouveau format, bien que perfectible, a créé des scénarios à couper le souffle jusqu'au bout, comme en témoigne le but décisif de la tête du gardien du Benfica, Anatoliy Trubin, contre le Real Madrid. Un moment qui restera dans les annales.

Un constat sans appel pour l'Espagne

Dans ce tournoi mouvementé, les clubs espagnols ont globalement déçu. Ce scénario rappelle une époque révolue où la domination financière de la Premier League semblait écraser le football ibérique. On se souvient des demi-finales 2007/08 et 2008/09, où trois des quatre places étaient occupées par des équipes anglaises. À l'époque, le Barça de Guardiola était même sous-estimé par certains observateurs britanniques, qui le voyaient comme trop fragile face à la puissance physique anglaise.

Pourtant, l'argent n'a pas tout dicté. Malgré l'explosion des droits TV en Angleterre, Chelsea en 2012 est resté le seul vainqueur anglais sur une décennie. Entre 2014 et 2018, le Real Madrid a soulevé le trophée à quatre reprises et le Barça une fois. Sans oublier l'hégémonie espagnole en Ligue Europa, avec neuf vainqueurs entre 2010 et 2021. Il a fallu du temps aux clubs anglais pour investir leur manne financière de manière optimale.

La nouvelle donne et ses avantages structurels

La donne semble avoir changé cette saison. Cinq des huit premiers de la phase de ligue sont anglais, dont Tottenham, qualifié grâce à un succès en Ligue Europa. Cette domination interroge : les richesses de la Premier League ont-elles rendu ses clubs invincibles ? Les dirigeants espagnols, de Javier Tebas à Florentino Perez, utilisent cet argument pour plaider en faveur d'une régulation financière plus stricte ou du projet de Super League.

Le nouveau format de la C1 avantage objectivement les équipes anglaises. La phase de ligue, plus longue et exigeante, récompense les effectifs profonds. De plus, l'interdiction d'affronter un rival national dans cette phase allège leur calendrier. Une règle que l'on pourrait questionner, tant un choc anglo-anglais en phase continentale pourrait dynamiser l'intérêt de la compétition.

Une puissance financière écrasante

Le fossé économique est vertigineux. Les recettes de la Premier League sont astronomiques, au point que la lutte pour le maintien génère plus de dépenses en transferts que la course au titre dans d'autres championnats. Le mercato estival anglais a dépassé à lui seul les dépenses cumulées des clubs de Bundesliga, Liga, Ligue 1 et Serie A.

Pourtant, tout n'est pas perdu pour l'Espagne. Le Real Madrid génère plus de revenus qu'aucun club anglais et dispose d'une marge de manœuvre financière. Les difficultés de l'Atlético de Madrid, battu à domicile par le modeste Bodo/Glimt, ou les performances décevantes du Villarreal, ne s'expliquent pas uniquement par des déséquilibres économiques. Des choix sportifs et une gestion défaillante sont en cause.

Des faiblesses internes à corriger

Barcelone, seule équipe espagnole dans le top 8, paie encore les erreurs de gestion du passé. Le cas du Villarreal est symptomatique d'un relâchement en phase décisive, tandis qu'Athletic Bilbao semble en fin de cycle. La présence de cinq clubs espagnols a surtout mis en lumière les absences notables de Séville et Valence, deux institutions minées par des crises internes.

Le bas de tableau de la Liga a certes bénéficié d'une meilleure redistribution des droits TV, éloignant le spectre des impayés. Mais rien n'empêche la ligue de mieux se vendre à l'international. Rien n'empêche non plus les grands clubs d'être plus rigoureux tactiquement, que ce soit dans la mise en place d'un pressing cohérent ou dans l'optimisation d'effectifs pourtant coûteux.

Le débat tactique : romantisme contre pragmatisme

Un joueur de Newcastle a récemment soulevé une différence de philosophie. Il estime que la Champions League reste plus axée sur le jeu, tandis que la Premier League est devenue plus physique, plus lente, avec une importance accrue des coups de pied arrêtés. Une analyse qui rejoint le constat d'une Premier League « durcie » cette saison, avec moins d'erreurs défensives fatales.

À l'époque de leur domination, les clubs espagnols alliaient talent individuel et intelligence collective. Le bilan défensif de cette saison est éloquent : 73 buts encaissés par les cinq clubs espagnols, contre seulement 45 pour les six anglais. Les Ibériques ont-ils pris du retard sur des rivaux plus pragmatiques et mieux rémunérés ?

À l'exception du Barça, la campagne européenne espagnole est décevante. Une remise en question est urgente. Mais l'histoire récente prouve que le retournement de situation est toujours possible. La balle est dans le camp de la Liga.

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Rédigé par
Antonio Delgado

Basé à Madrid, Antonio Delgado suit la Liga espagnole depuis plus de dix ans. Il couvre l’actualité des clubs phares du championnat — Real Madrid, FC Barcelone, Atlético de Madrid, Valence, Séville — ainsi que les formations européennes et les jeunes talents émergents. Il analyse au quotidien les conférences de presse, les blessures, les déclarations officielles, les tendances tactiques, les performances individuelles et l’évolution des clubs espagnols dans les compétitions européennes. Avec une approche rigoureuse, claire et structurée, Antonio est la référence Liga de LiveFoot.

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